L' actu
du SNEA
Dans les États où l’extrême droite a pris les commandes du pouvoir, la menace pesant sur les syndicats n’est plus un sujet de débat mais est devenue une réalité concrète et brutale. Dans une étude portant sur les États-Unis, la Hongrie et l’Italie, la Fondation Friedrich-Ebert et la Fondation Jean-Jaurès alertent sur ce risque d’un recul sévère et global des droits et des libertés syndicales quand l’extrême droite accède aux responsabilités.
Les auteurs ont retenu quatre angles : les restrictions institutionnelles, la diminution des moyens financiers, les mesures juridiques ou judiciaires et les formes plus informelles de pression sur les organisations syndicales. Leur constat est celui d’un affaiblissement qui ne prend pas partout les mêmes formes, mais qui procède souvent par accumulation de mesures : limitation de la négociation collective, réduction des moyens syndicaux, restrictions du droit de grève, marginalisation des organisations représentatives ou encore mise en cause publique de leurs responsables.
Aux États-Unis, l’étude décrit une offensive particulièrement forte contre le syndicalisme de la fonction publique fédérale depuis le début du second mandat de Donald Trump. Plus d’un million d’agents fédéraux auraient ainsi été privés de droits à la négociation collective. Elle relève également la remise en cause de conventions collectives existantes, la restriction des heures de délégation et la paralysie pendant près d’un an du National Labor Relations Board, organisme chargé de garantir les droits syndicaux d’une grande partie des salariés du secteur privé.
En Hongrie, les transformations sont plus anciennes. Depuis 2010, plusieurs réformes ont réduit les prérogatives syndicales dans les entreprises et la place de la négociation collective. Le temps consacré à l’activité syndicale a notamment été réduit, tandis que, depuis 2024, les employeurs publics ne peuvent plus prélever directement les cotisations syndicales sur les salaires. L’étude insiste également sur le durcissement du droit de grève, particulièrement sensible dans les transports, l’enseignement et les services publics.
En Italie, les auteurs décrivent une méthode moins frontale. Les structures de dialogue social demeurent, mais des organisations peu représentatives y ont progressivement été introduites aux côtés des grandes confédérations. L’étude relève également la reconnaissance croissante de conventions collectives conclues par des organisations minoritaires, la réduction de certains moyens syndicaux et un durcissement des règles encadrant la grève et certaines formes d’action collective.
Au-delà des différences entre ces trois pays, l’intérêt de cette étude tient surtout au mécanisme qu’elle met en lumière : les libertés syndicales peuvent être affaiblies sans que le syndicalisme soit formellement interdit. Une succession de décisions sur la représentativité, les moyens matériels, la négociation collective, le droit de grève ou la place accordée aux organisations syndicales peut progressivement réduire leur capacité d’action. C’est précisément cette dimension cumulative que les auteurs souhaitent porter au débat.
Le SNEA vous propose de prendre connaissance de cette étude, jointe à cet article. Au-delà des opinions politiques de chacun, elle apporte des éléments documentés sur la place des organisations syndicales, du dialogue social et des corps intermédiaires dans une démocratie.
Étude en pièce jointe : Trump, Orbán, Meloni : quand l’extrême droite s’en prend aux syndicats, Fondation Jean-Jaurès / Fondation Friedrich-Ebert, août 2026.
